La Grèce a été l’un des pays les plus durement touchés par la crise financière de 2007-2008. En 2015, la Grèce a manqué à sa dette et n’a pas remboursé ce qu’elle devait. 1,6 milliards d’euros n’ont pas été versés au Fonds Monétaire International (FMI). Du jamais vu pour un pays dit « développé ». Certains pensent que la Grèce aurait mieux fait de ne jamais rejoindre l’union européenne. Mais il faut savoir que son économie souffrait de problèmes structurels avant même l’adoption de la monnaie unique. La Grèce aurait ainsi pu bénéficier de la zone euro, mais son économie s’est effondrée, non sans raisons. Aujourd’hui, l’économie grecque va mieux. Mais le choc de la crise subie est loin d’être digéré. Cependant, après avoir bénéficié d’une série de plans de sauvetage massifs, l’économie grecque semble remonter la pente. Et les récentes élections ainsi que la nomination de Kyriakos Mitsotakis au poste de premier ministre, un réformateur libéral, pourrait amorcer un réel changement dans la politique économique du pays.

Comprendre la crise de l’économie grecque : La Grèce avant l’euro

Avant son entrée dans la zone euro en 2001, l’économie grecque était en proie à plusieurs problèmes. Au cours des années 1980, le gouvernement grec a poursuivi des politiques budgétaires et monétaires expansionnistes . Mais, plutôt que de renforcer son économie, le pays a connu une flambée des taux d’inflation, des déficits budgétaires et commerciaux élevés, des taux de croissance faibles et plusieurs crises de change. Dans cet environnement économique morose, l’adhésion à l’Union Européenne semblait offrir une lueur d’espoir. Tout le monde pensait que l’euro soutenu par la Banque Centrale Européenne (BCE) freinerait l’inflation, contribuerait à faire baisser les taux d’intérêts nominaux et encouragerait les investissements privés en stimulant la croissance économique. En outre, l’euro devait éliminer de nombreux coûts de transaction, laissant  ainsi plus d’argent pour la réduction du déficit et de la dette.

Toutefois, l’acceptation dans la zone euro était conditionnelle. La Grèce avait besoin d’un ajustement structurel pour se conformer aux orientations du traité de Maastricht de 1992. En effet, le traité limite les déficits publics à 3% du PIB et la dette publique à 60% du PIB. Pendant le reste des années 90, la Grèce a tenté de répondre à ces critères.

Bien que la Grèce ait été acceptée au sein de l’Union Européenne en 2001, elle l’a été sous de faux prétextes. Son déficit et sa dette étaient loin de correspondre aux limites imposées par Maastricht. En 2004, le gouvernement grec a ouvertement admis que ses chiffres budgétaires avaient été falsifiés pour rejoindre la zone euro. La Grèce espérait que, malgré son entrée prématurée, l’adhésion à l’Union Européenne contribuerait à stimuler l’économie. Mais son entrée dans la zone euro n’a pas permis au pays de faire face à ses problèmes budgétaires.

L’économie grecque après l’adhésion à la zone euro

L’acceptation de la Grèce dans la zone euro avait une signification symbolique. De nombreuses banques et investisseurs estimaient que la monnaie unique effaçait les différences entre les pays européens. La Grèce fut soudain perçue comme un lieu sûr pour investir. Cela a eu un effet positif sur l’économie grecque. En effet, les taux d’intérêt que le gouvernement grec était tenu de payer ont considérablement baissé. Ainsi, pendant la majeure partie des années 2000, les taux d’intérêt de la Grèce étaient similaires à ceux de l’Allemagne.

Ces taux d’intérêt plus bas ont permis à la Grèce d’emprunter à un taux beaucoup moins élevé qu’avant 2001. Ce qui a parallèlement alimenté une augmentation des dépenses. Aujourd’hui, le pays n’a toujours pas réglé ses problèmes budgétaires profondément enracinés. Contrairement à ce que certains peuvent penser, ces problèmes ne sont pas principalement dus à des dépenses excessives.

Au fond, les problèmes fiscaux de la Grèce découlent d’un manque de recettes. Les taxes sociales de la Grèce s’élevaient à 10,3% du PIB en 1980, à 19,3% en 2000 et à 23,5% en 2011. En comparaison, les taxes sociales de l’Allemagne au cours de ces mêmes périodes étaient respectivement de 22,1%, 26,6% et 26,2%. Il faut savoir qu’en 2011, les taxes sociales de la Grèce étaient inférieures à la moyenne de l’UE qui était de 24,9%.

Une grande partie de ce manque de recettes est le résultat d’une évasion fiscale systématique. Les travailleurs les plus riches et indépendants avaient tendance à sous-déclarer leurs revenus tout en surestimant leurs charges. La prévalence de ce comportement révèle qu’il s’agissait en réalité d’une norme sociale en Grèce. Une norme qui n’a pas été corrigée à temps. L’adoption de l’euro n’a fait que mettre en évidence des différence structurelles entre la Grèce et les autres pays de l’Union Européenne.

La Grèce face à la crise financière mondiale de 2007-2008

La crise financière mondiale qui a débuté en 2007 a vu apparaître la véritable nature des problèmes de la Grèce. La récession a eu pour effet d’affaiblir les recettes fiscales déjà dérisoires du pays. Ce qui a bien évidemment aggravé le déficit. En 2010, les agences de notation financière américaines ont attribué aux obligations grecques une note «junk». Cette note signifie que plus personne ne veut financer votre dette. C’est la catégorie spéculative. Alors que les capitaux commençaient à se tarir, la Grèce faisait face à une crise de liquidité. De ce fait, cela obligea le gouvernement à rechercher un financement de sauvetage. Financement qu’il a finalement reçu sous certaines conditions très rigoureuses.

Un plan d’austérité visant à réduire les dépenses et augmenter les recettes fiscales fut imposé à la Grèce. Ces mesures ont créé un cercle vicieux de récession, le taux de chômage ayant atteint 25,4% en août 2012. Cela eu pour effet d’affaiblir les recettes fiscales. De sorte que cela aggrava la situation budgétaire de la Grèce. Mais provoqua  aussi une crise humanitaire. L’émigration augmenta, les suicides atteignirent des records et la santé publique se détériora considérablement. Ces mesures d’austérité sévères se sont révélées être l’un des principaux facteurs imputables à l’implosion économique de la Grèce.

Loin d’aider l’économie grecque à se remettre sur pied, les plans de sauvetage ont seulement servi à garantir que les créanciers grecs soient payés. La Grèce avait des vrais problèmes structurels dus à des pratiques frauduleuses d’évasion fiscale. L’entrée dans l’Union Européenne a permis au pays de cacher ces problèmes pendant un certain temps. Mais finalement, cela a créé une crise de la dette quasi insurmontable. Cependant, la situation s’améliore. Nous vous expliquons tout dans le paragraphe suivant.

L’économie grecque aujourd’hui 

Aujourd’hui, l’économie grecque montre des signes de reprises positifs. En effet, en janvier 2015, Alexis Tsipras, dirigeant du parti Syriza, fut élu Premier Ministre. Il promit de mettre fin à cette austérité qui avait plongé la Grèce dans l’une des plus profondes dépressions de son histoire économique. Sous sa direction, la Grèce a vu son économie s’améliorer. Ainsi, l’excédent budgétaire primaire (avant intérêts)  est passé de 0,8% en 2015 à 3,8% du produit intérieur brut en 2016. Il atteignit 4,1% en 2017 et selon le FMI, 3,8% EN 2018. Ces excédents sont bien plus élevés que ceux d’autres pays européens également touchés par la crise. L’économie grecque a aussi renoué avec la croissance. Elle a atteint 1,5% en 2017, environ 2,1% en 2018 et la prévision du FMI pour l’année 2019 est de 2,4%. En fin de compte, cela révèle une meilleure santé de l’économie grecque.

En revanche, le PIB a chuté de 26% entre 2007 et 2014. L’année 2019 ne lui permettra pas de retrouver son niveau d’avant la crise, bien qu’il soit en constante augmentation (2% par an). Les spécialistes s’accordent à dire qu’il faudra encore dix ans pour que le PIB grec retrouve ses heures de gloire. Par ailleurs, même le FM prévoit une baisse du ratio de la dette publique brute. Ce dernier passerait de 183% en 2018 à 135% en 2028. C’est toujours très élevé, mais cela montre des signes d’amélioration. De plus, la Grèce a même pu emprunter sur le marché financier. En mars dernier, elle a emprunté 2,5 milliards d’euros sur 10 ans avec un rendement de 3,5%. Cependant, le pays reste encore loin de pouvoir rembourser ce qu’il doit à ces créanciers publics.

Les autres indicateurs 

Les autres indicateurs montrent aussi des résultats mitigés. Le taux de chômage a connu un pic à 28% en 2013. Il est repassé sous la barre des 20% à partir de 2015 et atteint aujourd’hui les 18%. On reste encore loin des 8% enregistrés en 2008, mais il y’a du mieux. La crise grecque est terminée, mais comme on peut le voir, elle a laissé des séquelles importantes. Le pays reste encore vulnérable économiquement. Tous les éléments qui ont causé sa crise n’ont pas disparu. Mais la discipline et la résilience dont ont fait preuve les Grecs ces quatre dernières années sont admirables.

Pour conclure, la Grèce est donc en voie de guérison. Elle montre des signes économiques positifs. On peut donc dire que l’économie grecque remonte la pente doucement et sûrement. Mais le bilan est tout de même en demi-teinte. La Grèce restera dans la zone euro en se tenant à une politique budgétaire stricte. Mais aussi en poursuivant des réformes favorables à une croissance économique nécessaire.  Le nouveau premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, est un réformateur. Présenté comme le « Macron grec », il souhaite donner un nouvel élan économique à son pays. Nous verrons donc au cours des quatre prochaines années à venir ce qu’il advient de l’économie grecque.

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