À l’heure actuelle, la guerre du cacao sévit, avec en première ligne le Ghana et la Côte d’Ivoire, qui assurent près de 60% de la production mondiale, avec 40% pour la Côte d’Ivoire et 20% pour le Ghana. Les planteurs de cacao de ces deux pays font actuellement face notamment à Hershey et Mars Wrigley. Le but étant d’augmenter leur rémunération par le biais d’une prime, le DRD, le différentiel de revenu décent.

Il faut souligner le fait que les pays producteurs ne touchent que 6% des 100 milliards de dollars de revenus annuels que génèrent le cacao, quand il ne parvient que 2% de ces revenus aux agriculteurs, qui vivent pour la plupart sous le seuil de pauvreté. Cette répartition inégale des revenus s’explique par le fait que 90% de la transformation du cacao est assurée par des entreprises européennes ou américaines. De plus, les droits de douane inexistants sur les fèves de cacao à destination de l’Europe, favorisent grandement l’exportation, quand des droits de douane sont appliqués à partir d’une première transformation de la fève de cacao; des droits de douane doublés à la seconde transformation.

“L’OPEP”du cacao et l’alliance CCC / Cocobod

Étant donné la forte concentration de la production de cacao, et afin de gagner en influence pour s’assurer une meilleur part des revenus issus du cacao, les deux principaux producteurs ont mis en place “l’OPEP du cacao”, lors de la signature de la “déclaration d’Abidjan”, le 26 mars 2018. Une alliance entre le Ghana et la Côte d’Ivoire assurant l’harmonisation de leurs politiques de commercialisation.
Une autre alliance, entre le Conseil Café Cacao (CCC) en Côte d’Ivoire et le Cocoa Board (Cocobod) au Ghana, a également pour but une synchronisation des campagnes et permet de s’accorder sur les volumes tout en harmonisant un prix garanti pour les producteurs, ce qui permet de limiter en grande partie la contrebande.

Montée des tensions :

La tension est donc montée d’un cran lorsqu’ont été saisi dans une démarche commune et inédite, le Conseil Café Cacao (CCC) et le Cocoa Board (Cocobod) dans le but de dénoncer les géants chocolatiers américains qui ne payaient pas ce DRD, alors que ce différentiel, négocié pendant l’été 2019 et à hauteur de 400 dollars la tonne, est entré en application depuis le 1er octobre 2020.
Certains acheteurs en Europe et aux Etats-Unis ont même décidé de reporter à janvier-mars les livraisons programmées en octobre-novembre à partir de la Côte d’Ivoire, créant de ce fait une hausse considérable des stocks de fèves dans les coopératives et fermes. Une forte baisse des exportations de fèves de cacao a été constatée pour le cacao ivoirien, à hauteur de 24,10% à 177 293 tonnes. Une situation qui pourrait aboutir à l’engorgement des ports et des producteurs qui peinent à vendre leur production et in fine des baisses de paiement, ce qui est diamétralement opposé au but de la mise en place du DRD.

Les broyages de cacao en forte hausse en amérique du nord :

La situation observée dans les pays principaux producteurs de cacao semble opposée à l’activité de broyage en amérique du nord. La National Confectioners Association a récemment fait état d’une hausse inattendue de 6,95% des broyages aux Etats-Unis au Canada et au Mexique pour le quatrième trimestre 2020. En effet, le consensus tablait pour une baisse de 4% dans le contexte actuel de pandémie. Il apparaît clairement que les industriels et négociants se sont tournés vers des contrats autres que ceux du Ghana et de la Côte d’Ivoire, afin d’obtenir des prix plus avantageux ne comprenant pas ce fameux DRD.
La meilleure option pour les plus gros producteurs de cacao, responsables de 60% de la production mondiale, serait de rallier à leur cause les autres pays producteurs et donc d’intégrer le DRD au prix du marché afin de l’imposer aux industriels. Le fait que le DRD ne soit imposé que par le Ghana et la Côte d’Ivoire, pousse donc les industriels à se tourner vers d’autres producteurs, en attendant que le DRD ne soit abandonné. Élargir l’alliance à d’autres pays producteurs permettrait aux producteurs de cacao d’affirmer leur position. Dans le cas contraire, les planteurs Ghanéens et Ivoiriens seront parmi les plus impactés et ne pourront pas bénéficier d’une probable hausse des cours de l’or brun.

Quelles sont les perspectives pour les cours du cacao à court-terme ?

Le cacao est l’une des rares matières premières qui n’a pas connu de hausse au cours de ces derniers mois, cependant plusieurs éléments poussent à penser que les cours de l’or brun pourraient rattraper leur retard.

Dans un contexte de bas prix à la production et de limitation de la demande suite à la pandémie de coronavirus forçant les agriculteurs à vendre leurs fèves en-dessous du prix minimum fixé, le risque de grève est élevé en Côte d’Ivoire. A cela vient s’ajouter le risque climatique à l’approche de la mi-récolte de mars, avec le vent saisonnier Harmattan qui bat son plein et assèche les cultures de cacao dans les pays d’Afrique de l’Ouest. C’est un vent du nord-est, très chaud le jour, beaucoup plus froid la nuit, très sec et souvent chargé de poussière étant donné qu’il provient du Sahara. Ce vent saisonnier est donc une menace pour les récolter et vient renforcer les perspectives haussières pour les cours du cacao.
D’un autre coté, nous avons pris connaissance d’une hausse “surprise” des activités de broyage en Amérique du nord au quatrième trimestre 2020, et la demande en Asie a chuté beaucoup moins que ce qui était attendu, renforçant davantage l’éventualité d’une reprise haussière pour la cacao.
Les contrats à termes sur le cacao indiquent quant à eux un contexte de backwardation, qui pourrait favoriser une reprise de la demande à court terme.

Un léger backwardation sur les Futures cacao plaide en faveur d’une reprise prochaine de la demande. Source : Bloomberg

Représentation des cours du cacao en données journalières avec indicateur de saisonnalité. Source : xStation5

D’un point de vue technique, les cours de l’or brun, actuellement dans l’enceinte d’un canal haussier, pourraient se ressaisir pour aller chercher les sommets du mois de février 2020, aux alentours des 2900$ la tonne. Avant une éventuelle hausse, un repli est envisageable en direction de la borne inférieure du canal, mais la saisonnalité laisse présager une hausse à partir de la fin du mois de janvier, avec un pic au début du mois d’avril.

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Auteur : Réda Aboutika, Chef Analyste, XTB France

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