John Law

Au début du XVIIIe siècle le Royaume de France entre dans un système économique inédit pour résoudre le problème de la dette publique. Proposé par l’économiste écossais John Law, il mettra temporairement en lumière une nouvelle façon de concevoir le commerce et l’économie. Récit d’une innovation majeure.

L’économie est parfois dépeinte comme aléatoire. Un domaine sur lequel l’Homme n’aurait en réalité aucune prise. Pourtant des hommes ont réussi à eux seuls à changer radicalement le cours de l’histoire économique. La prouesse qui nous intéresse aujourd’hui a eu lieu il y a tout juste trois siècles. Rappel du contexte : à la mort de Louis XIV, la situation financière de la France paraît désespérée. Après des années de guerres et constructions, la dette publique s’élève à 2 milliards de livres, et le déficit annuel monte à 77 millions. Les 600 millions de billets d’État ont perdu de 80 à 90% de leur valeur. En deux mots, le crédit public est ruiné. “Le Trésor est absolument vide” constatait le duc de Noailles et ministre des finances.

Ainsi le Régent Philippe d’Orléans fait appel au théoricien de l’économie John Law – banni d’Angleterre pour avoir tué un homme en duel – pour qu’il devienne le premier économiste du Royaume. L’objectif est simple : suivre les théories du natif d’Édimbourg pour résorber la dette et relancer l’économie toute entière. Vaste programme qui semble alors impossible. 

Portrait of John Law de Lauriston, by Casimir Balthazar (1843)

Le célèbre système de Law

Mais pour John Law ça ne l’est pas. Plutôt que de s’appuyer sur les techniques traditionnelles d’allégement de la dette, Law propose un système financier d’un genre nouveau. Soit la rationalisation du système fiscal et la conversion des effets publics (billets d’état, rentes etc.) en actions bancaires. Pour faire simple : pour Law, plus l’on met d’argent en circulation, plus les échanges et la croissance augmenteront. Pour cela, il faut remplacer les métaux rares que sont l’or et l’argent par des billets et du crédit bancaire.  John Law, très en avance sur son temps, évoquait déjà cette méthode en 1705 dans son ouvrage Considérations sur le numéraire et le commerce. Le Régent l’autorise donc d’abord à créer en mai 1716 la Banque générale et à émettre du papier-monnaie contre de l’or. Elle émet également des actions qui peuvent être souscrites en papiers d’Etat, c’est-à-dire en titres de dette publique. 

C’est la clé du système, une partie de la dette est monétisée. Le souverain lui-même participe à la souscription des actions. Le capital de départ de cette banque s’élève alors à un million de livres, réparti en 2 000 actions de 500 livres, payables pour un quart en espèces et pour le reste en « papiers d’État ». Cette transformation, du métal au papier, se fait sans frais de courtage. Les bénéfices étant obtenus grâce au change et aux opérations d’escompte. Le succès fut rapidement au rendez-vous, notamment car la monnaie émise était plus pratique pour les négociants. En 1718, la Banque générale devient une banque royale garantie par l’Etat et ouvre des succursales dans plusieurs villes de province.

(Ci-dessous exemples de billets émis par la Banque royale)

La deuxième phase de son plan

Mais l’économiste ambitieux ne s’arrête pas là et passe à la deuxième phase de son plan. Le 23 août 1717, Law obtient aussi la rétrocession des privilèges de la Compagnie de la Louisiane, pour acquitter une dette vis-à-vis de l’État. Le 6 septembre, il crée la Compagnie d’Occident (surnommée la Compagnie du Mississipi), pour les colonies françaises d’Amérique et du Sénégal. Il détient alors le monopole commercial de la Louisiane pour 25 ans, avec l’objectif de peupler la colonie de 10 000 personnes en 10 ans. Le but est toujours de soulager les finances de la couronne. Son capital s’élève à 100 millions de livres, réparties en 200 000 actions payables évidemment en papier d’État, comportant 4 % de dividendes. Tout est fait pour vanter l’outre-Atlantique et y attirer des clients. Là encore, c’est un succès : la Compagnie est devenue si riche qu’elle prête de l’argent au Royaume (1,2 ou 1,6 milliard de livres). Elle reçoit la gestion des impôts et rachète ainsi une partie de la dette française. L’opération permet d’éponger 60 millions de livres de dette publique.

Le brillant économiste a désormais la mainmise complète sur l’ensemble du commerce extérieur et du système fiscal de la France. L’émission des actions de la compagnie permet de convertir les anciennes rentes et autres papiers de l’État et donc de les liquider : le niveau de la dette publique baisse grandement, comme espéré. 

Galvanisé par les bons résultats et une popularité croissante, Law dévoile en août 1719 une nouvelle phase de son plan de gestion de la dette. Il persuade le Régent d’autoriser la Compagnie à prendre à sa charge l’intégralité de la dette publique française. C’est une innovation magistrale qui pourtant n’aboutira pas, pour plusieurs raisons. En pleine explosion d’une bulle spéculative, des rumeurs de banqueroute au printemps 1720 provoquent paniques et émeutes (17 morts en juillet). Le 21 juillet, un arrêt institue bien une semi-banqueroute. Le système ne s’en relèvera pas, supprimé par paliers entre septembre et octobre. Le 1er novembre, les billets de la Banque royale sont suspendus. John Law fut d’une certaine façon victime de son succès, de son innovation et de son ambition. Si son système avait fonctionné, la noblesse fortunée et une multitude de financiers et d’agents auraient été privés de la source de revenus qu’ils avaient exploitée avec tant de succès pendant plusieurs générations. Sans cet argent, leur pouvoir et leur richesse se seraient progressivement effondrés. Ils en avaient pris conscience alors que Law allait de succès en succès et ils firent le nécessaire cette année-là pour le priver du soutien populaire à l’apparition du premier nuage menaçant.

Caricature de John Law et de son système (1720)

Quel bilan tirer de l’intervention de Law ?

Véritable bouffée d’air frais financière, authentique aide salvatrice, le système de Law a permis de prendre en charge une partie de la dette de l’État et de faire respirer un régime s’asphyxiant jusqu’alors. Le Royaume, momentanément libre de ses mouvements, a pu se concentrer plus généralement sur sa politique internationale. Dans le domaine purement économique, la meilleure circulation de la monnaie a dynamisé le commerce extérieur, principalement vers les colonies. Dans la période qui suivit, les négociants prirent conscience que l’offre de monnaie peut augmenter et surtout que la vitesse de circulation des capitaux est à la base de la croissance. 

L’ingénieux banquier écossais, futur Contrôleur Général des Finances du Royaume a eu de son côté l’innovation avec un grand I. Il a posé les bases d’une façon de penser l’économie que l’on théorise encore aujourd’hui. De nouveaux moyens de paiements, des crédits, des titres au porteur, une forte spéculation en bourse, la loi du prix unique… John Law de Lauriston a su comprendre les mécanismes de la création monétaire et susciter assez de confiance pour mettre en pratique ses idées économiques nouvelles. Mais s’il a pu profiter des avantages de ce type d’économie, il en a aussi subi les risques. La chute de la Compagnie en 1720 après l’explosion de la bulle spéculative qu’il a lui-même créée est parfois considérée comme le premier krach boursier voire même, l’ancêtre des Subprimes

John Law

Gravure satirique de Bernard Picart sur la banqueroute du système de Law en 1720

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